L’Everest culmine à 8 849 mètres au-dessus du niveau de la mer. Ce chiffre lui vaut le titre de plus haut sommet du monde depuis sa découverte par les Européens au milieu du XIXe siècle. Pourtant, cette affirmation repose sur une seule façon de mesurer une montagne. Changez de critère, et la montagne la plus haute du monde change aussi.
Altitude et hauteur : deux mesures qui ne disent pas la même chose
Quand on parle d’altitude, on mesure la distance verticale entre un point et le niveau moyen de la mer. C’est la convention utilisée par les géographes, les alpinistes et les cartes topographiques du monde entier.
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La hauteur, elle, peut se calculer autrement. On peut partir de la base réelle d’une montagne jusqu’à son sommet. On peut aussi mesurer la distance entre le sommet et le centre de la Terre.
Ces trois méthodes donnent trois classements différents avec trois vainqueurs distincts. L’Everest ne gagne que dans un seul cas : celui de l’altitude par rapport au niveau de la mer.
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Le Mauna Kea à Hawaï : la montagne la plus haute mesurée de la base au sommet
Le Mauna Kea est un volcan bouclier situé sur l’île d’Hawaï. Son sommet dépasse la surface de l’océan de quelques milliers de mètres seulement. Vu depuis la côte, rien de spectaculaire comparé aux géants himalayens.
Sa base, en revanche, repose sur le plancher océanique, à plusieurs kilomètres sous la surface du Pacifique. En mesurant la distance totale de cette base sous-marine jusqu’au sommet, le Mauna Kea atteindrait environ 10 211 mètres, selon CNN. C’est nettement plus que l’Everest.

Le problème, c’est que personne ne voit cette hauteur. La majeure partie du volcan est immergée. L’alpiniste qui se tient au sommet du Mauna Kea respire un air bien plus dense et plus chaud que celui du camp de base de l’Everest. La sensation de « sommet du monde » n’y est pas du tout.
Ce critère (base-sommet) met en lumière une réalité géologique que l’altitude classique masque : certaines structures volcaniques sont bien plus massives que les sommets les plus célèbres de l’Himalaya.
Le Chimborazo en Équateur : le sommet le plus éloigné du centre de la Terre
Vous avez déjà remarqué qu’un ballon de football, quand on s’assoit dessus, s’aplatit légèrement sur le dessus et s’élargit sur les côtés ? La Terre fonctionne un peu de la même façon. Notre planète n’est pas une sphère parfaite. Elle est légèrement aplatie aux pôles et renflée à l’équateur, une forme que les géophysiciens appellent ellipsoïde.
Ce renflement change tout. À l’équateur, la surface terrestre se trouve plus loin du centre de la Terre qu’aux latitudes élevées. Le Chimborazo, un volcan équatorien qui culmine à 6 263 mètres d’altitude, profite à plein de cet avantage géométrique.
Résultat : le sommet du Chimborazo est le point le plus éloigné du centre de la Terre, devant l’Everest. La différence se chiffre à quelques kilomètres. L’Everest, situé à une latitude plus haute (environ 28° nord), ne bénéficie pas du même renflement équatorial.
Ce critère n’a rien d’anecdotique. En physique et en sciences spatiales, la distance au centre de la Terre est une donnée qui compte, notamment pour les calculs de gravité et les trajectoires orbitales.
Pourquoi le classement des sommets n’est pas figé
La hiérarchie entre l’Everest, le Mauna Kea et le Chimborazo pourrait encore bouger dans les prochaines décennies. Plusieurs facteurs entrent en jeu :
- Le soulèvement de l’Himalaya reste actif. Les plaques tectoniques indienne et eurasienne continuent de se rapprocher, poussant l’Everest vers le haut de quelques millimètres par an. Cette croissance est partiellement compensée par l’érosion et la subsidence post-sismique.
- Les mesures satellitaires par GPS et gravimétrie révisent régulièrement les hauteurs du Mauna Kea et des volcans boucliers hawaïens. La prise en compte plus fine de la topographie sous-marine et du géoïde peut faire varier les classements de quelques mètres.
- Un séisme majeur pourrait modifier la donne à l’échelle de quelques siècles, voire plus rapidement. La question « quelle montagne est la plus haute » est donc aussi une question temporelle.
La montagne la plus haute dépend du moment où l’on mesure, pas seulement de l’endroit d’où l’on regarde.

Olympus Mons sur Mars : quand on élargit encore le cadre
Si l’on sort de la Terre, la question prend une tout autre dimension. Les études de planétologie comparée s’intéressent aux limites de hauteur des montagnes en fonction de la gravité et de la tectonique d’une planète.
Sur Mars, Olympus Mons est un volcan bouclier dont la hauteur dépasse largement tout ce que la Terre peut produire. La faible gravité martienne et l’absence de tectonique des plaques permettent aux structures volcaniques de s’empiler sans se briser ni s’éroder au même rythme.
La Terre ne pourra probablement jamais produire un sommet comparable à Olympus Mons. La gravité terrestre et l’érosion imposent un plafond naturel. Des travaux de géophysique actuels cherchent d’ailleurs à déterminer la « hauteur potentielle maximale » d’une montagne terrestre. La réponse dépend du type de roche, de l’activité tectonique locale et du climat.
Trois critères, trois sommets : le récapitulatif
| Critère de mesure | Montagne | Localisation |
|---|---|---|
| Altitude par rapport au niveau de la mer | Everest | Himalaya (Népal/Tibet) |
| Hauteur de la base au sommet | Mauna Kea | Hawaï (États-Unis) |
| Distance au centre de la Terre | Chimborazo | Équateur |
L’Everest reste le sommet le plus élevé en altitude conventionnelle, et c’est la mesure qui compte pour les expéditions d’alpinisme, les camps d’altitude et les records d’ascension. Personne ne lui retirera le titre de « toit du monde » tel qu’on l’utilise au quotidien.
La vraie leçon est ailleurs. La réponse à « quelle est la montagne la plus haute » dépend entièrement de la question qu’on pose. L’Everest, le Mauna Kea et le Chimborazo détiennent chacun un titre légitime. Choisir entre eux, c’est choisir un système de mesure, pas simplement désigner un vainqueur.

